Partita pour formation de rock, orchestre de chambre et diseur de vérité op. 2 « La chanson en moi »*
Partita en trois parties principales et douze sous-parties
Deuxième pièce du cycle Ich bin nicht da / Ich bin da – der Sportplatz
[Je ne suis pas là / Je suis là – le terrain de sport]

Acheter le CD « Das Lied in mir op. 2 »  5,95 Euro

 op. 2 

– texte intégral –

I : La catastrophe

1re partie : Le vrai problème
(0:00) (1:55)

J’ai mal au cœur de façon quasi permanente. Avant, ce n’était que de temps en temps, mais maintenant c’est presque tout le temps.

Mais ce n’est pas le problème que j’ai. Le problème que j’ai, c’est…

Il y a toujours quelque chose à l’arrière de ma tête : Il se passe là quelque chose de très important qui assombrit tout ou qui…

C’est comme si j’étais privé de la base à partir de laquelle je pourrais au moins tenter de faire quelque chose.

Alors, changer ça ne serait plus un problème – si seulement je le voulais ! Ou bien si j’en avais le droit !

Là, c’est comme s’il me manquait quelque chose avant, ou alors : il me manque quelque chose à la base.

Il y a là autre chose, quelque chose de beaucoup plus important que je ne connais pas très bien – qui détruit tout d’emblée.

En fait, cette autre chose, ça domine tout.

Je vois bien : un être humain normal aspire simplement à la vie et vit ensuite sa vie simplement.

Et il vit des choses et fait des choses et il est au cœur de la vie – et tout ça je ne le suis absolument pas !

D’emblée, je renonce à tout.

Oui, mais, tu comprends ? : Au nom de qui ?

Pourquoi j’y changerais quelque chose ? C’est hors de portée. Je n’y ai pas accès. Je n’ai pas le droit d’y toucher, je ne peux pas le toucher – c’est très éloigné.

Très, très éloigné. J’ai alors essayé de vivre avec et d’en tirer le meilleur. Mais le problème, c’est que ce n’est qu’ennui.

 

2e  partie : La constatation de la catastrophe : La non-existence
(0:00) (1:55)

En fait, ma vie est une vraie catastrophe.

Parce qu’en fait, je ne vis pas ! Je ne vis pas du tout. En fait, c’est écœurant. C’est ennuyeux, écœurant, sans émotion – ce n’est pas une vie. Il ne se passe rien. Rien d’émouvant, rien d’excitant, rien de stimulant – rien!

Tout ce qui m’anime un peu, c’est la musique que je fais avec moi même.

Chez les autres, ce n’est pas comme ça. Ils sont dans la vie. Ils ont peut-être leurs problèmes mais avant tout ils sont ancrés dans la vie. Ils participent à quelque chose ou ils ont à faire avec quelque chose de vivant. – Tout ce qui, chez moi, n’est absolument pas le cas.

C’est une catastrophe.

Et donc je vis ma petite vie de merde, complètement dénuée de sens et nulle, complètement vide. Il ne se passe plus rien.

 

3e  partie : Impression d’un mensonge total
(3:12) (0:52)

Si je dis de telles choses aujourd’hui, est-ce que ça veut dire que j’ai menti toutes ces années passées ? Que je n’ai raconté que des salades?

Alors, tout ça, ça n’était donc que des histoires ?

Car, si ce que je dis maintenant est vrai – alors, ça dément en principe tout ce que j’ai dit.

Et si tout ça n’est aussi que mensonges si je m’ouvrais maintenant, tout ne serait encore que des mensonges.

Que du blablabla.

Ça me donne l’impression d’un énorme mensonge. Une immense pseudo-vie. Gigantesque, et surtout : c’est pas possible ! Ça ne peut être que mensonges ! Je n’existe pas et je n’ai jamais existé…

 

4e  partie : déstabilisation, confusion, conscience émergeante
(4:04) (1:38)

Je ne peux pas nier certaines choses. Mais je ne peux pas dire pour autant « oui » : « Oui, c’est toi ! » Je ne peux pas le dire ! Je ne le sais pas !

Je n’ai pas de contact avec moi-même ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas si je suis vraiment là ou si j’existe vraiment – je ne le sais pas !

Comme si j’avais toujours eu cette distance avec la vie, comme si j’avais toujours été au dessus de ça.

Bien sûr, je ne peux pas nier certaines choses, mais je suis quand même désorienté ; je ne sais même pas s’il pourrait y avoir un rapport avec moi.

Maintenant, je pourrais dire : « Oui, c’était toi ! A l’époque tu es allé là et là… »

– Il y avait ce chemin, que j’ai souvent emprunté ; je le vois précisément devant moi, je vois…

Je vois… : Devant les jardins, il y avait ce buisson – y a-t-il un rapport avec moi ? Ou bien…

 

5e  partie : résignation totale
(5:42) (2:01)

Et souvent, souvent…

… à ce moment-là, je me rends compte à quel point tout ça était peu de chose, et c’est ça qui me vient toujours à l’esprit dans ces moments-là…

Comme une toute petite voix qui me dit : « Vas-y, continue ! Essaie de t’ouvir à nouveau. » Mais en fait, alors je me couche.

En réalité, je me suis totalement refermé et me suis résigné.

C’est tellement dur pour moi de vouloir y changer quelque chose.

Je ne peux absolument pas croire, qu’il y ait quelque chose de vrai et réel.

D’un côté, je ne peux pas le nier, mais de l’autre je sais très bien : rien ne changera, je resterai toujours comme je suis, toujours. Je n’existe pas.

Je le sais fort bien : je vais continuer à mener une vie dénuée de sens, dénuée de la moindre émotion. Malgré tout ce que je dis et raconte.

Ça reste toujours pareil.

 

II : Le film

6e  partie : Prologue au récit
(7:43) (0:23)

Je ne fais que m’abrutir toute la journée… Mais hier soir, j’ai vu un film et soudain… – tout d’un coup ça me déchire. Ça ne colle pas ! J’ai peur ! C’est pourquoi je me referme sur moi-même.

 

7e  partie : Récit du film « La chanson en moi »*
(8:07) (8:30)

Hier, il y avait ce film à la télé… Il s’agissait d’une jeune femme et elle part en compétion en Amérique latine. A l’aéroport elle est assise dans la salle d’attente…

Une femme est assise à coté d’elle, qui a un bébé dans les bras et chante une berceuse au bébé, en espagnol.

Et tout d’un coup elle découvre… Tout d’un coup elle réalise : « Mince ! Je connais cette chanson ! Pourquoi et comment, je ne sais pas, mais je la connais, cette chanson ! »

Et elle se met alors à chanter la chanson et même les paroles lui reviennent.

Après, elle part, mais elle informe son père – celui qu’elle croit du moins être son père. Elle lui raconte ça au téléphone depuis l’Amérique latine. Alors, elle lui dit : à l’aéroport elle a entendu une chanson qu’elle connaissait d’une manière ou d’une autre.

En tout cas, elle oblige le père à s’exprimer un peu là-dessus. Elle se demande : « Que se passe-t-il ? Comment je connais cette chanson ? »

« Comment est-ce possible ? Qu’est-ce que tu peux me dire à ce sujet ? Dis-moi quelque chose ! »

Finalement, il se met à lui parler. Alors, elle lui demande : « Quel était mon nom ? » Puis, il lui dit : « Oui, on t’a adoptée. »

Et ensuite : « Comment je m’appellais ? » Et elle finit par trouver…

Ensuite il lui dit son nom. Elle regarde dans l’annuaire et trouve en effet quelqu’un à ce nom et…

Elle appelle.

Ensuite, elle prend rendez-vous avec le… avec le… [oncle]

Maintenant, elle arrive dans cette famille ; et pour cette famille elle est cette petite fille – bien sûr ! « Tu es la Maria de l’époque ! »

D’abord, elle ne sait pas ce qui se passe. Elle ne peut pas le nier : il y a quelque chose, oui – elle avait bien reconnu la chanson, elle a même pu la chanter. D’une manière ou d’une autre elle sait : Quelque chose se passe ici – elle ne peut pas le nier.

Mais en même temps, ça lui est complètement étranger! En même temps, ça lui est absolument étranger ! Quoi ?…

D’un coté : la famille se met à pleurer, la tante se met à pleurer : pour eux, c’est une sorte de réunion, de retrouvailles.

Ça a une certaine logique, une certaine cohérence – mais pas pour la fille !

En même temps…

En même temps, elle ne peut nier tout ça.

Et elle voit que les autres sont tout à fait vrais, qu’ils savent tout de suite ce qui se passe et qu’ils l’aident à recréer le lien. Et là, les autres, la famille la traitent avec un tel naturel… – C’est fou comme c’est naturel.

Oui, mais… – C’est difficile à exprimer…

Et puis… La scène la plus touchante, c’est quand…

Merde !

Alors elle arrive…

Merde, tout me fait mal. Mon cœur me fait mal. Tout le temps mon cœur me fait mal.

Merde.

Bon, en tout cas elle arrive, descend de la voiture, et ensuite tu vois déjà derrière le rideau la sœur de la mère, la tante. Tu la vois déjà et…

Elle sort de la maison dans la rue. Et elle commence à la regarder, cette fille, la Maria, à simplement la regarder. Ensuite elle la touche. Oui, mais il y a cette contradiction : d’un coté…

Ensuite, elle la reconnait et elle la prend dans ses…

… dans ses bras tout de suite, vraiment affectueusement et tendrement – c’est dingue.

Mais la contradiction : Pour Maria c’est pas comme ça : elle ne peut pas encore le voir comme ça. En fait, ce sont des étrangers…

Mais en même temps elle a un pressentiment ou au moins, elle sait que quelque part… Ça a une certaine logique – et d’une certaine manière, elle le sait.

C’est très bizarre, une situation très bizarre, très étrange.

D’un coté, c’est comme si elle n’avait qu’à s’ouvrir et adhérer. Peut-être elle le sait, peut-être c’est ce qu’elle va faire – mais pour le moment, elle n’en est pas capable, ça ne marche pas encore.

Étrange.

Bon, pour la tante tout est clair. A la fin, il s’avère que le père l’avait plus ou moins kidnappée, que les parents allemands l’ont kidnappée.

Quand la tante la prend dans les bras et l’embrasse et la serre tendrement. Ça c’est fou, c’est tellement beau et si fort, c’est hallucinant pour moi, toujours… Oui.

 

III : la grand-mère

8e  partie : La découverte de sa propre vie
(16:37) (0:48)

Cette découverte soudaine, cela me rapelle moi-même : comme si il y a là un autre monde dont tu ne sais rien du tout ! Ça me fascine : je peux tellement m’identifier à cette Maria, mais je ressens aussi pleinement cette étrangeté. Le moment où tu découvres quelque chose : ça existe bien en toi mais tu ne le sais pas, tu le découvres seulement à ce moment- là.

C’est bizarre ! Ce phénomène que quelque chose est en toi… Ah ! Le film s’appelle aussi « La chanson en moi ». Ça me fascine, c’est fou.

 

9e  partie : souvenir d’un amour oublié
(17:25) (3:14)

Ma mamie…

Je ne sais pas mais… Je pense souvent à elle… Et chaque fois…

Merde. Merde.

Je ne peux absolument pas vivre parce que je manque d’air. Voilà probablement l’explication.

Je ne peux rien sentir car, dès que je sens quelque chose, je manque d’air.

C’est peut-être ça cet « à l’arrière de ma tête » dont je parle souvent, ce brouillard, cette drôle de couche entre moi et les vrais problèmes ou la vraie vie.

Souvent, je pense à ma mamie…

C’est comme si elle voulait… – m’exhorter…

Comme si elle voulait m’exhorter, comme si elle…

Comme si elle… – Je ne sais pas encore très bien ce que c’est, mais souvent dans la vie quotidienne je pense à ma mamie.

Et c’est toujours comme si…

… comme si elle voulait… me dire… comme si elle voulait me…

– Ah je n’arrive pas à l’exprimer…

 

10e  partie : Mamie m’exhorte à m’accrocher à la vie
(20:40) (1:39)

Un jour elle m’a certainement dit : « Celui qui ne respecte pas le sou, ne vaut pas un sou. »

– Elle m’a certainement dit ça un jour. Ça veut dire : chaque fois que je vois un sous par terre ou que je le laisse tomber, je le ramasse et j’en prends soin. A ce moment-là, je l’entends…

… et c’est comme si j’avais cent pour cent confiance en elle et donc je dis : « Oui, ce que ma mamie dit… … c’est vrai. Ce qu’elle dit c’est vrai, tu peux le suivre. Tu dois le suivre même. Tu peux le suivre, tu dois le faire. Ce qu’elle dit c’est vrai. »

Et c’est pour ça que, donc, je le fais.

 

11e  partie : Mamie me parle, m’encourage
(22:19) (2:11)

C’est comme si elle voulait me dire ou me disait : « Oui, accroche-toi, persévère ! » Ou bien : « Oui, tu as ta propre vie ! » ou : « Tu es quelqu’un ! » ou : « Tu es là… Tu es vraiment là ! »

« Oui, accroche-toi, persévère ! » Ou : « Prends les choses au sérieux ! Fais-les vraiment ! » C’est bizarre : Dans ces moments-là, je pense à elle, et c’est comme une voix stimulante. »

Oui. C’est comme si je… – C’est difficile à dire… Mais c’est comme… – Oui, comme une vraie aide ou un vrai amour ou un véritable encouragement.

Et re-voilà cette gigantesque… – je ne sais pas…. – indifférence ou cet enfermement ou… – C’est très bizarre. Et ce peu de confiance que j’ai en moi-même ou bien ce peu qu’il y a en moi et en quoi je pourrais croire…

– ça me manque.

 

12e  partie : prise de conscience
(24:30) (1:25)

J’espère que je ne vais pas me laisser empêcher de le faire !

Oui, mais c’est vraiment comme une… C’est vraiment comme une bifurcation ou quelque chose comme ça :

Il se peut très bien que je me referme sur moi-même ou bien plus du tout… – C’est vraiment une sorte de décision.

Et ça me paraît si utopique : qu’il puisse être possible que je m’ouvre pour de bon d’une manière ou d’une autre.

Comme cette Maria.

Ça ne peut venir que de l’extérieur : ma mamie en quelque sorte – elle prend le rôle de cette famille argentine.

Elle me parle tout simplement.

Comme si seulement j’avais pu être là avec quelqu’un – quelqu’un qui me parle, qui me réconforte.

Oui, en principe, juste avec de l’amour.

Sans cet amour tu n’es toi-même pas là.

Et là, tu meurs à petit feu, tout comme moi maintenant.

 

Fin
(25:50)

 

* « Une chanson en moi » – film allemand de Florian Cossen avec Jessica Schwarz et Michael Gwisdek

 

 

 

 

Newsletter

Faultierfarm
Faultierfarm

Label

Musikstudio Berlin
http://www.musikstudio-berlin.com/